Après avoir passé quelques semaines en Chine, j'ai été plus que surpris d'apprendre par un de mes collègues que l'écologiste britannique et chroniqueur de BBC Wildlife Chris Packham était passé à la radio pendant mon absence pour affirmer que l'on devrait laisser le panda disparaître.
Vraiment, ai-je demandé, tu es sûr ? Nous avons donc tapé quelques mots-clés dans un moteur de recherche et avons déniché une histoire datant du 10 novembre dernier sur le site web du journal
The Australian. Packham est cité en ces termes : "Je mangerais le dernier panda si on me remettait tout l'argent qu'on a dépensé pour la conservation des pandas afin de faire des choses plus sensées". "Il est absolument urgent que nous devenions plus pragmatiques concernant nos priorités et que nous nous laissions moins guider par nos émotions."
Je suis en partie d'accord avec ce qu'a déclaré Packham, mais je ne suis pas d'accord avec lui concernant le panda. Il ne fait aucun doute qu'au cours des 20 dernières années, le gouvernement chinois a dépensé des millions sur des programmes de reproduction en captivité assez inutiles pour les pandas, alors qu'il aurait dû avant tout protéger leur habitat.
Le fait est que lorsque vous protégez un animal aussi charismatique que le panda (ou le gorille ou le tigre), vous faites bien plus qu'aider cette espèce à survivre. Vous aidez toutes les autres espèces de mammifères, oiseaux et plantes à survivre aussi, car la mégafaune ne peut pas y arriver si tous les éléments de l'écosystème ne sont pas en place.
Après avoir passé dix jours dans les Montagnes Qinling à la recherche des pandas (hum, nous n'en avons vu aucun mais il s'en est fallu de peu) et après avoir parlé à des écologistes, je peux affirmer que le gouvernement chinois prend de meilleures mesures pour protéger leur habitat. Une interdiction d'exploitation forestière est en place depuis dix ans et l'idée d'inciter les touristes à venir voir l'environnement naturel des pandas (voire les pandas eux-mêmes) est en train de prendre. Tout d'un coup, les habitants locaux, qui étaient des braconniers auparavant, se retrouvent à gagner leur vie en suivant les pandas. Ils peuvent ainsi se rendre compte de la valeur de l'habitat en tant que ressource intacte, et pas seulement en tant que viande, peaux et bois de chauffage.
Il est bien évident que ce n'est pas parfait et qu'il a fallu du temps pour en arriver là. Comme le fait remarquer l'écologiste américain George Schaller dans son remarquable livre intitulé
The Last Panda, au début des années 1980, les chinois n'étaient vraiment intéressés que par le financement de projets qui leur attireraient une reconnaissance internationale, et sauver les arbres et les bambous ne comptait pas pour eux. Cette attitude a progressivement changé. Aujourd'hui, les choses sont différentes.
Alors donnez une autre chance au panda, Chris. La Chine abrite toujours un remarquable habitat où vit cet animal énigmatique et insaisissable, et si nous parvenons à sauver cet habitat, nous pourrions très bien sauver le panda aussi.
James Fair est rédacteur et chargé d'informations à BBC Wildlife
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